Marcel Gauchet, professeur à l'EHESS, en une de la revue Eléments






MARCEL GAUCHET EN COUVERTURE DE LA REVUE D’EXTRÊME DROITE « ÉLÉMENTS »
GROGNE À L’ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES OÙ IL ENSEIGNE


Marcel Gauchet EHESS Revue Eléments n°164
















Mais que vient faire le très respecté philosophe Marcel Gauchet en Une d’Éléments, 
la revue phare de la Nouvelle droite, un des courants de la droite radicale ? 
A l’EHESS où Gauchet enseigne, des profs montent au créneau.



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Doigt tendu, un peu à la manière de l’Oncle Sam sur de vieilles affiches de la conscription, yeux clairs et lèvres plissées… Marcel Gauchet est en Une d’Éléments, la revue phare de la Nouvelle droite. Le très respecté philosophe succède en couv’ du magazine à Patrick Buisson et précède un encart pour le… spécial « Maurras » de la revue Nouvelle École ou encore une pub pour un colloque de l’extrême droite néo-païenne !
C’est que Gauchet, éminent spécialiste de philosophie politique, vient de publier son nouveau livre : L’avènement de la démocratie, le nouveau monde. Et pour l’occasion, il enchaîne les interviews : le Point, France Inter…
Mais à peine en kiosques, le numéro 164 de la revue Éléments fait grincer des dents. A l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), une institution plutôt à gauche, où Marcel Gauchet est toujours prof, le papier a du mal à passer. Étudiants, profs, personnels administratifs voient rouge. Le syndicat Sud rédige même un tract pour dénoncer la confusion des genres. « Ce n’est pas normal que des directeurs d’étude amènent de l’eau au moulin à cette revue » insiste Sylvain Laurens, maître de conférence en sociologie : 
« La nouvelle droite, ce n’est pas n’importe quoi. »

LA NOUVELLE DROITE KÉZAKO ?

Fondée en 1973 par Alain de Benoist, la revue Éléments était en son temps le navire amiral du Grece, le groupement de recherche et d’étude pour une civilisation européenne. « Ça n’a duré que quelques mois. Depuis Éléments est un magazine indépendant qui s’est donné comme but de faire émerger de nouveaux clivages », coupe tout net Alain de Benoist quand on lui passe un coup de fil.
ITW A Boulevard Voltaire, on se réjouit de la nouvelle
Sauf que de Benoist essaye de se racheter une virginité pour pas cher : car pendant de longues années, sa revue a eu pour surtitre « la revue de la nouvelle droite ». Mais de Benoist de poursuivre : 
« Aujourd’hui, il existe des clivages plus pertinents que le clivage gauche / droite, autour des notions de souveraineté, d’identité ou d’Europe. »
Théoricien de « la nouvelle droite », de Benoist a largement contribué à renouveler les logiciels idéologiques de plusieurs partis d’extrême droite européens (dont le FN), notamment en repensant les clivages politiques.
Dans ses colonnes, entre des articles d’actu, la revue se fait souvent l’écho des positions les plus à droites de l’échiquier politique. Elle ouvre aussi les pages du mags à des intellos plutôt à gauche et à d’éminents profs de fac. Parmi ses plus belles prises : Michel Maffesoli, Michel Onfray, Bernard Langlois, fondateur du magazine Politis et d’Attac, Pierre Manent ou Jacques Sapir, tous deux directeurs d’études à l’EHESS. Dans les colonnes de la revue, l’économiste aujourd’hui proche du FN et chroniqueur pour Russia Today déclarait : 
« Jean-Luc Mélenchon a les problèmes d’une vierge. Elle est appelée à ne pas le rester, sinon elle devient une vierge rance. »

PETITE TEMPÊTE

A l’Ecole des Hautes Etudes des Sciences Sociales, la publication d’Éléments a pas mal fait parler. Outre les habituels bruits de couloir dont le milieu universitaire est coutumier, le syndicat Sud a envoyé un tract à l’ensemble des personnels, enseignants ou étudiants que compte l’institution… sans grand succès.
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 « On n’est pas dupes… Alain de Benoist essaie de capter une partie du monde intellectuel pour faire de sa revue un lieu de débat non affilié à un parti » explique Sylvain Laurens, l’un des profs auteur du tract : 
« Aujourd’hui, on fait comme si cette revue était neutre. »
La polémique parcourt les milieux universitaires. « On demande à des intellos de participer à cette revue alors qu’ils ne sont pas de ce bord », ajoute Philippe Marlière, prof à Londres : 
« Jean-Yves Camus (éminent spécialiste de l’extrême droite, ndlr) a été interviewé par Éléments. Avec plusieurs collègues, on s’étonne beaucoup de tout ça. »
Dans les étages du 105 boulevard Raspail, Sylvain Laurent se sent pourtant bien seul. Malgré les témoignages de sympathie, bien peu de profs ont dénoncé publiquement l’interview de Gauchet. « Il n’y a pas vraiment de mobilisation. Ce sont des directeurs d’études émérites (ils sont à la retraite, ndlr), ils ne sont pas centraux. Et puis ce sont des figures compliquées à attaquer », poursuit le jeune chercheur.
Pour Jean-Louis Fabiani, directeur d’études en sociologie, le silence des profs s’explique aussi par la « tradition libérale » de l’École. « On ne commente pas les propos d’un collègue. On ne peut pas s’orienter vers une police de la pensée. » Et même si l’interview de Gauchet, son vieux camarade de fac, le choque, l’homme a décidé de ne pas prendre partie : 
« S’indigner, ça autorise aussi mes collègues de s’indigner contre moi. »
« Il y a un jeu pervers de la part de cette revue et de ceux qui acceptent de répondre, c’est sûr », renchérit Gilles Bataillon, lui aussi directeur d’études à l’EHESS. Avant de conclure : 
« Mais il n’y pas de quoi s’énerver. Moi je juge Gauchet sur ses textes. »

« CETTE ACCUSATION EST COMPLÈTEMENT IDIOTE »

Du côté d’Éléments, on s’amuserait presque de cette polémique naissante. « Dire qu’il y a une quelconque stratégie de récupération, c’est complètement idiot. Gauchet met les pieds où il veut », soupire Alain de Benoist. De son côté, Marcel Gauchet ne voit aucun problème à apparaître dans Eléments. « C’est une revue de bonne facture. J’ai l’impression que de Benoist a mis de l’eau dans son vin par rapport aux conneries qu’il a dites dans le temps » explique l’intellectuel (il a par exemple, en son temps, défendu l’apartheid) : 
« Ça n’a plus rien à voir avec les trucs indo-européens. »
Quant à la polémique, c’est la preuve de la « persistance du sectarisme de l’extrême gauche », insiste t-il : 
« Cette gauche totalitaire qui rêve de camps de concentration. »
Sur Twitter, les journalistes d’Éléments invitent même leurs détracteurs à lire Krisis, une autre revue proche du Grece. Dans le dernier numéro, on retrouve un article d’une autre figure de l’EHESS : Dominique Schnapper, spécialiste de l’antiracisme, présidente du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, et ex-membre du Conseil Constitutionnel.

PAS DE RÉVOLTE CHEZ LES ÉTUDIANTS

Du côté des étudiants, le vent de la révolte ne souffle pas franchement. Même si certains d’entre eux, comme Juliette, thésarde, sont choqués par l’interview : 
« Gauchet brouille les pistes. On est dans une période où l’extrême droite est forte. Il faut être clair. »
Pas facile pourtant de lancer une mobilisation à l’École des Hautes Études. « On n’a pas vraiment d’espace pour se réunir par exemple. Je trouve ça dommage. »
Si l’encéphalogramme politique de l’école reste plat, pas de risque pourtant que ce bastion de la gauche bascule à droite. « L’autorité intellectuelle de Gauchet ou Manent est nulle chez les jeunes », opine Jean-Louis Fabiani : 
« L’an dernier, je donnais cours après Manent. L’amphi était plein mais c’était l’université du 4e âge. Il n’y avait que des personnes âgées. On aurait dit des vieux de l’OAS ! »

Nietzsche, médecin de la modernité - Krisis 44 : Modernité ?





Article de Jonathan Daudey, rédacteur en chef du site Un Philosophe consacré à la Philosophie, à la Littérature et aux Arts.



Portrait de Nietzsche, Edvard Munch
Portrait de Nietzsche, Edvard Munch

«Serait-ce que notre culture moderne manquerait de philosophie” [1], questionne Nietzsche. La philosophie n’est pas absente, elle est même sur-représentée, mais utilisée à mauvais escient. Ce qui manque, c’est une philosophie puissante, affirmatrice de la positivité de la vie et affirmatrice de valeurs. La foi du dernier homme en un relativisme forcené, ce nihilisme comme étendard de l’époque, marque assurément une chute, ou plutôt un effacement progressif de la philosophie au profit d’un pessimisme redoutable. Nous comprenons «le pessimisme comme première forme du nihilisme»[2], car à vrai dire «son nom devrait être remplacé par celui de nihilisme»[3]. Qui est le «dernier homme» nietzschéen? C’est précisément celui qui défend la grande trinité des -ismes: pessimisme, relativisme, nihilisme. Ces symptômes de la maladie que diagnostique Nietzsche, en tant que philosophe-médecin, décrivent le désastre dans lequel baigne le monde actuel. La «pensée» du dernier homme pourrait se résumer à dire que tout n’est que décadence, tout se vaut et rien n’a de valeur. Cette posture constitue le symptôme de «la faiblesse de personnalité qui caractérise l’époque moderne»[4]. La faiblesse nihiliste traduit l’inaptitude de l’homme moderne à s’affirmer, à prendre position, à faire valoir sa volonté de puissance. La trinité du dernier homme constitue la preuve d’une puissance amoindrie et affaiblie. Ceci entraine Nietzsche à exposer deux causes du nihilisme[5], intimement liées: l’absence d’une race d’hommes supérieurs (une forme d’aristocratie de l’humanité) et l’avènement du «troupeau», du «peuple» ou de la «masse». Ces travers viennent enfoncer l’humanité dans le nihilisme le plus féroce, provoquent la décadence de toute supériorité, de toute possibilité du surhumain.
            Cette prise de position se traduit pour Nietzsche par un grand «Oui» à la vie – un dire oui et un faire oui. Il écrit à propos de La naissance de la tragédie que «ce livre est anti-pessimiste : il enseigne une force antagoniste à tout dire non, faire non, un remède contre toute lassitude»[6]. Le philosophe-médecin prodigue des potions pour arracher les hommes à leur pessimisme, ainsi qu’éveiller « tout ce qui est riche et veut donner, et comble, et dore, et éternise, et divinise la vie – la puissance entière des vertus transfigurantes… tout ce qui approuve, dit oui, fait oui »[7]. Le « Oui » est la figure du dépassement ou du surpassement de la simple négation pessimiste, permettant d’appuyer une discrimination claire entre une attitude positive et une attitude négative.
        C’est la figure prophétique de Zarathoustra qui vient annoncer le diagnostic et le traitement à poursuivre pour s’élever au-dessus de cette période désastreuse de l’humanité. Nietzsche adopte une attitude circonspecte envers la modernité. Une forme de prudence s’articule dans ses propos, dans la mesure où il considère que le sol est peut-être encore assez riche pour que nous puissions nous sauver du nihilisme dans lequel la civilisation européenne notamment se trouve embourbée. Il y a là comme une dernière chance pour l’Europe, putréfiée sous l’action mortifère du dernier homme, le philistin par exemple, qui se pense orgueilleusement en pleine «santé» alors qu’il est malade, parce qu’il a tout nivelé autour de lui. Le philosophe-médecin sait que, pour proposer un remède adapté aux maux dont nous souffrons, nous devons a contrario hiérarchiser, et remettre nos symptômes à leur juste place, en les désignant sans crainte comme des pathologies de la modernité.
Friedrich Hölderlin
            Nietzsche pose une certaine ambiguïté du « symptôme » : est-il un signe de clin ou de force? Une expression de la maladie ou un viatique vers la guérison? Cette ambivalence du terme impose un traitement différencié, local. Tout ne peux pas être mis sur le même plan. On retrouve ici une similitude avec la pensée de l’Aufhebung hégélien. Les symptômes sont simultanément la négation et le relèvement de cette négation. «Il faut porter encore en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante»[8], dit Nietzsche. Cette idée montre qu’on doit assumer philosophiquement une mise en branle radicale de tout ce qui a été tenu pour vrai jusqu’à ce jour, si l’on veut dépasser la maladie. On doit soigner le mal par le mal. Ce motif cher à Hölderlin apparaît dans un vers presque aphoristique, et demeuré célèbre: «Wo aber Gefahr ist, wächst das Rettende auch»[9] («Mais aux lieux du péril croît / Aussi ce qui sauve»). Les propos de ce genre s’accordent parfaitement avec la pensée de Nietzsche, car les questions profondes ne sont pas du ressort d’une logique aristotélicienne, empêtrée dans le principe de non-contradiction, où une proposition ne peut affirmer simultanément une chose et son contraire : Nietzsche pense ici, en s’appuyant indirectement sur Hölderlin, une sorte de logique de la vie. Un vaste pan de la modernité, depuis Platon[10], pense que la contradiction et le paradoxe sont nuisibles à l’homme. Or, le philosophe-médecin doit montrer quant à lui que la vie fonctionne sur la base de contradictions. La vie est un tumulte de paradoxes qui se font mutuellement la guerre.
            Tout homme doit en passer par une phase de déclin pour défier les valeurs et les vérités qu’il croyait les mieux établies, qu’il vivait immédiatement sans jugement : il doit dé-valuer ses propres valeurs pour les trans-valuer ensuite. De la négation, il gardera toujours quelque chose. C’est le moment nécessaire d’infanticide de soi, où il doit savoir s’arracher à un sol en train de perdre de sa fertilité, où il doit savoir se labourer lui-même comme un champ agricole. Pour Nietzsche, «l’homme moderne […] ressemble à un serpent qui a avalé plus de lapins entiers qu’il ne peut en digérer»[11]; c’est pourquoi il doit réussir à éliminer tout ce qui encombre son estomac, l’a rendu lourd et a «gavé» son esprit, sa philosophie. L’homme moderne a les yeux plus gros que le ventre, et, à force de vouloir tout ingurgiter, finit par en être malade: «Je ne sais de quel côté me tourner; je suis tout ce qui ne peut trouver d’issue, gémit l’homme moderne… C’est de cette modernité-là que nous étions malades –de cette paix pourrie, de ce lâche compromis, de cette vertueuse malpropreté du oui et du non modernes. Cette tolérance, cette largeur de cœur, qui pardonne tout parce qu’elle comprend tout, produit sur nous l’effet du sirocco! Plutôt vivre dans les glaces que parmi les vertus modernes, et autres vents du sud!…»[12]
            Nietzsche accuse l’époque moderne, après avoir mis à mort Dieu, d’en avoir fini avec les hautes valeurs, d’avoir nivelé toutes les valeurs. Or, les valeurs sont comme les montagnes, elles nécessitent un dénivelé, pour offrir une position de surplomb, ainsi qu’une vue sur la profondeur d’une vallée. On comprend mieux dès lors cette définition efficace du nihilisme: «Nihilisme: le but fait défaut; la réponse au Pourquoi ? fait défaut; que signifie le nihilisme? –que les valeurs suprêmes se dévalorisent»[13]. Le nihilisme ne désigne pas une simple absence de croyance personnelle, ou une « croyance en rien». Le « nihiliste est l’homme qui juge que le monde tel qu’il est ne devrait pas être, et que le monde tel qu’il devrait être n’existe pas. De ce fait, l’existence (agir, souffrir, vouloir, sentir) n’a aucun sens: de ce fait, le pathos du en vain est le pathos nihiliste et une inconséquence du nihiliste»[14]. C’est très justement que Nietzsche réduit l’interrogation qui porte la pensée nihiliste à cette formule: «la question du nihilisme: à quoi bon?»[15]. Ce nihilisme « correspond plus profondément à un processus historique et culturel collectif»[16]. Lorsque Nietzsche, dans le §125 du Gai Savoir, fait dire au fou «Dieu est mort!», il aborde la question de la fin de la transcendance. Dans un monde où le nihilisme est devenu la seule religion, l’immanence peut provoquer une tendance au nivellement, voire une indifférenciation des valeurs : le nihiliste croit en l’idée que «si Dieu n’existe pas, […] alors tout est permis»[17]. Comment penser les altitudes verticales dans l’horizontalité d’un plan d’immanence, pour parler comme Deleuze? L’homme court le risque de devenir un malade incurable, qui ne saura plus dire qu’«à quoi bon?», puisque tout se vaudra à ses yeux. Le philosophe-médecin, lui, cherche à préparer le bon élixir qui redonnera des cimes et des abysses à la modernité, dans l’immanence du réel, sans pourtant avoir recours à la vieille transcendance divine.
Jonathan Daudey
Extrait de Revue Krisis 44 : Modernité ? 


[1] Friedrich Nietzsche, Aurore, §157, p. 128.
[2] Friedrich Nietzsche, La volonté de puissance, I, §9, p. 35.
[3] Ibid., I, §38, p. 51.
[4] Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles, III, §10, p. 161.
[5] La volonté de puissance, II, op. cit., p. 34.
[6] Friedrich Nietzsche, Fragments posthumes, XIV, 14[16], p. 30.
[7] Ibid., 14[11], p. 29. Nietzsche dresse dans ce passage la liste des « sentiments qui disent oui », à savoir : la fierté, la joie, la santé, l’amour des sexes, l’hostilité et la guerre, le respect, les beaux gestes, les belles manières, les beaux objets, la volonté forte, l’éducation de la haute intellectualité, la volonté de puissance, la gratitude envers la terre et la vie.
[8] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue.
[9] Friedrich Hölderlin, « Patmos », in Sämtliche Gedichte, Athenäum Verlag, 1970. Nous reprenons ici la traduction de Gustave Roud, in Oeuvres, Gallimard, Paris 1967.
[10] Nous faisons référence à ce fragment posthume repris in La volonté de puissance, II, op. cit., p. 24 : « Décrire la décadence de l’âme moderne sous toutes ses formes : dans quelles mesures la décadence remonte à Socrate ; ma vieille aversion pour Platon, l’anti-antique ; l’“âme moderne” existait déjà ! ».
[11] Malcolm Pasley, « Nietzsche’s use of medical terms », in Nietzsche : Imagery and Thought, University of California Press, 1978, p. 127 : « Modern man […] is like a snake which has swallowed more whole rabbits than it can deal with ».
[12] Friedrich Nietzsche, L’antéchrist, §1, p. 161.[13] Fragments posthumes, XIII, 9[35], op. cit.
[14] Ibid., 9[60].
[15] La volonté de puissance, I, op. cit.[16] Emmanuel Salanskis, Nietzsche, Les belles lettres, Paris 2015, pp. 146-147.
[17] Fiodor Dostoievski, Les frères Karamazov, 4e partie, Livre XI, chapitre 4.

Krisis 46 : Nation et souveraineté ?


Revue Krisis 46 Nation et souveraineté


Nous vivons à l’ère de la mondialisation. Les flux de communication n’ont jamais été aussi intenses. Nous échangeons sur les réseaux sociaux avec des Américains, des Brésiliens ou des Chinois, alors que, dans le même temps, nous ignorons parfois jusqu’au nom de notre voisin de palier. Le monde moderne rétrécit la distance qui nous sépare du lointain, tout en nous éloignant paradoxalement de notre prochain, c’est-à-dire de celui qui se trouve au sens propre «juste à côté de nous». La modernité engendre des bienfaits indéniables, sans lesquels nous ne pourrions plus vivre : nous sommes heureux de voyager, de découvrir d’autres contrées avec une facilité inédite dans l’histoire. Mais la mondialisation implique un brouillage des repères. Tout évolue à un rythme frénétique. Autrefois, les hommes vivaient dans le même monde, de la première à la dernière heure de leur vie. Or, depuis un demi-siècle, notre paysage a été considérablement dépaysé. Nous sommes confrontés à des produits matériels et culturels venus des quatre coins du globe, comme les plats que nous mangeons, les films que nous regardons ou les vêtements que nous portons. Et nous voyons surgir à chaque décennie une véritable révolution technologique qui bouleverse la société: l’automobile, la télévision, le téléphone portable, l’Internet. Face à des changements aussi rapides, l’ici et l’ailleurs n’ont plus guère de signification. Les gens finissent par se demander qui ils sont, et d’où ils viennent. Cette situation explique la résurgence de l’idée nationale dans le discours politique. Devant l’infini de l’horizon, on cherche à renouer des racines. Reste à savoir sous quelle forme, et par quels moyens.


Krisis n°46 : Nation et souveraineté ?
Krisis 46 Nation et souveraineté
Prix de vente : 24 euros
Éditorial
Entretien avec Pierre Manent / Le sentiment national dans un monde en crise.
Charles Taylor / Démocratie, nationalisme et exclusion.
Thibault Isabel / Individualisme, nationalisme et identité à l’ère du village global.
Entretien avec Dominique Schnapper / La république face aux problèmes d’intégration.
Pierre-André Taguieff / Sous le «populisme» : le nationalisme.
Entretien avec Pierre-André Taguieff / La révolte contre les élites ou la nouvelle vague populiste.
Guy Hermet / Les voisinages incertains du populisme.
Frédéric Dufoing / La doctrine de l’État fédéral et le déficit démocratique européen.
Denis Collin / Faut-il enterrer l’État-nation ?
Otto Bauer / Document : Le concept de nation (1907).
David L’Épée / Nation et résistance aux empires : le cas helvétique.
Louis Narot / Charles Maurras et le nationalisme intégral.





Les auteurs de ce numéro

Otto Bauer : Né à Vienne le 5 septembre 1881, mort à Paris le 5 juillet 1938. Grande figure de l’austro-marxisme. Ami de Kautsky et collaborateur de la revue socialiste Neue Zeit, il rédige en 1907 l’ouvrage La social-démocratie et la question des nationalités, dont est tiré le texte que nous publions ici. Il devient en 1918 le leader du Parti ouvrier social-démocrate autrichien, puis ministre des affaires étrangères en 1918 et 1919, grâce à une coalition avec le Parti chrétien social. Il émigre en 1934 pour fuir le nazisme.

Denis Collin : Né en 1952, professeur de philosophie, ses travaux tentent de concilier marxisme et républicanisme. On lui doit notamment La théorie de la connaissance chez Marx (L’Harmattan, Paris 1996), La fin du travail et la mondialisation (L’Harmattan, Paris 1997), Morale et justice sociale (Seuil, Paris 2001), La matière et l’esprit : sciences, philosophie et matérialisme (Armand Colin, Paris 2004), Revive la République ! (2005), Comprendre Marx (2006), Comprendre Machiavel (2008), Le cauchemar de Marx : le capitalisme est-il une histoire sans fin ? (Max Milo Éditions, Paris 2009), La longueur de la chaîne : essai sur la liberté au XXIe siècle (Max Milo Éditions, Paris 2001) et Libre comme Spinoza (Max Milo, Paris 2014). On peut consulter son blog à l’adresse : <http://denis-collin.viabloga.com>.

Frédéric Dufoing : Né en Belgique, il réside actuellement au Luxembourg. Professeur de philosophie, politologue, spécialiste de l’économie politique internationale. Auteur de L’écologie radicale (Infolio, Paris 2012), il fut le co-fondateur de la revue Jibrile et collabore régulièrement à Éléments, Limite et La Nef.

Guy HermetNé en 1934, sociologue, politologue et historien, ancien chercheur à la Fondation nationale des sciences politiques, directeur du Centre d’études et de recherches internationales entre 1976 et 1985, docteur honoris causa de l’Université complutense de Madrid, il est notamment l’auteur de Les populismes dans le monde : une histoire sociologique (Paris, Fayard 2001) et de L’hiver de la démocratie ou le Nouveau Régime (Paris, Armand Colin 2007).

David L’Épée : Né en Suisse en 1983, diplômé en philosophie. Collaborateur régulier des revues Éléments et Rébellion, il s’est spécialisé dans l’histoire du socialisme et les débats autour de la démocratie directe. Il est par ailleurs critique de cinéma indépendant.

Thibault IsabelNé en 1978 à Roubaix. Rédacteur en chef de Krisis. Docteur en esthétique, il travaille dans le domaine de la philosophie générale, de l’anthropologie culturelle et de l’étude comparée des mentalités et des systèmes de pensée. Auteur de nombreux articles parus dans des revues spécialisées, ainsi que de plusieurs ouvrages : Le champ du possible (La Méduse, Lille 2005), La fin de siècle du cinéma américain (La Méduse, Lille 2006), Le paradoxe de la civilisation (La Méduse, Lille 2010), À bout de souffle (La Méduse, Lille 2012) et Le parti de la tolérance (La Méduse, Lille 2014).

Pierre Manent : Né en 1949 à Toulouse. Philosophe, professeur de philosophie politique, directeur d’études à l’EHESS. Normalien et agrégé de philosophie. Ancien assistant de Raymond Aron au Collège de France, il fut en 1978 le co-fondateur de la revue Commentaire. Il est aussi l’auteur de Naissances de la politique moderne : Machiavel, Hobbes, Rousseau (Paris, Payot 1997), Tocqueville et la nature de la démocratie (Paris, Gallimard 1982), La cité de l’homme (Paris, Flammarion 1994), Cours familier de philosophie politique (Paris, Fayard 2001), La raison des nations : Réflexions sur la démocratie en Europe (Paris, Gallimard 2006), Enquête sur la démocratie : Études de philosophie politique (Paris, Gallimard 2007), Les métamorphoses de la cité (Paris, Flammarion 2010), Montaigne : la vie sans loi (Paris, Flammarion 2014) et Situation de la France (Paris, Desclée de Brouwer 2015).

Louis Narot : Universitaire, membre du Cercle Henri Lagrange et collaborateur régulier de l’AF 2000.

Dominique Schnapper : Née Dominique Aron en 1934, à Paris, elle est sociologue et politologue. Directrice d’études à l’EHESS, présidente du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, ancien membre du Conseil constitutionnel. Elle est en particulier l’auteur de La communauté des citoyens, sur l’idée moderne de nation (Paris, Gallimard 1994), Qu’est-ce que la citoyenneté ? (Paris, Gallimard 2000), La démocratie providentielle. Essai sur l’égalité contemporaine (Paris, Gallimard, 2002), Qu’est-ce que l'intégration ? (Paris, Gallimard 2007) et L’esprit démocratique des lois (Paris, Gallimard 2014).

Pierre-André Taguieff : Né à Paris en 1946, philosophe, politologue et historien des idées, directeur de recherche au CNRS. Il est l’auteur de très nombreux ouvrages, dont La revanche du nationalisme (Paris, PUF 2015). Il vient aussi de publier avec Annick Duraffour, Céline, la race, le Juif. Légende littéraire et vérité historique (Fayard, Paris 2017). L’entretien que nous publions ici sous une forme étendue avait paru dans une première version sur le site d’Atlantico.

Charles Taylor : Né en 1931 à Montréal. Professeur émérite de sciences politiques et de philosophie à l’Université McGill. Philosophe de réputation internationale, traduit dans plus de vingt langues, il est un des chefs de file de la mouvance communautarienne. En 2007, il fut nommé par le gouvernement québécois coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (dite « Commission Bouchard-Taylor »), avec l’historien Gérard Bouchard. Il est l’auteur de Hegel et la société moderne (Paris, Cerf 1998), Les sources du moi : La formation de l’identité moderne (Paris, Seuil 1998), Le malaise de la modernité (Paris, Cerf 2002), Multiculturalisme : Différence et démocratie (Paris, Aubier 1993), La liberté des modernes (Paris, PUF 1999), Laïcité et liberté de conscience (avec Jocelyn Maclure, Paris, La Découverte 2010) et L’âge séculier (Paris, Seuil 2011). 


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